La diversité de la ville compacte

Le bureau urbaplan a été confronté ces dernières années à de multiples projets dans lesquels la notion de densité a été au cœur des préoccupations. Mis ensemble, ces projets nous permettent d'esquisser certaines observations qui mettent dans un contexte plus large les enjeux dont ils ont fait l'objet.

Comprendre et communiquer

En tant que problématique urbaine, la densité n’est pas un thème nouveau. Depuis longtemps, les professionnels de l’urbanisme savent qu’une densité donnée peut se traduire dans des formes bâties diverses. Néanmoins, la démonstration de ce fait se limite souvent à l'illustration principale de trois archétypes urbains (la villa, la tour, le plot) posés sur un site unique et uniforme. Ces modèles font abstraction d’un contexte quelconque et la compréhension de ces archétypes par des acteurs locaux (habitants, élus, etc.) est fortement limitée par le fait qu’ils ne peuvent véritablement s’y projeter et se représenter leur mode de vie ou leur environnement quotidien.

Débattre de la densité en dehors d’un cercle professionnel restreint impose de trouver de nouvelles formes de communication. En premier lieu, une rigueur méthodologique est nécessaire: en effet, selon les approches choisies – à partir de la surface foncière, constructible, d’un bâtiment, d’un quartier entier, etc. – les densités résultantes peuvent varier du simple au triple. Si l’enjeu est de communiquer sur la densité à un public élargi, la méthode doit alors s’affranchir des limites foncières ou de la localisation des infrastructures de la ville (propos défendu dans l’étude Densité bâtie et autres indicateurs pour l’aménagement pour le Canton de Genève, Quincerot R. et Riedo E., Octobre 2012; voir résumé ici), pour se rapprocher de la réalité du terrain, de l’espace ressenti.

Une fois la méthode définie et expliquée, quoi de plus propice à la discussion avec les habitants que des exemples locaux, ceux qu’ils pratiquent peut-être, qu’ils connaissent certainement ? L’ancrage local permet de donner un visage aux chiffres, mais aussi d’orienter le débat selon les enjeux du territoire en question. Petit à petit, s’opère alors une déconstruction du mythe de la densité haute comme synonyme de bâtiments hauts. Au travers de cette collection d’exemples locaux émerge également une prise de conscience : la densification peut prendre de multiples formes urbaines pour la plupart connues et appréciées par tous (voir le plan de communication de Région Morges et du Nord Lausannois et la conférence La densité est-elle durable: des pistes à exploiter ici et maintenant faite au G21 Swisstainibility Forum en Juin 2014, M. Zuercher et S. Dias).

De la quantité aux qualités

Cette mise en contexte de la densité nous permet de dépasser sa notion quantitative pour se concentrer vers les qualités propres aux différentes formes urbaines. Quels sont leurs rapports au paysage, à l’environnement proche, à l’espace public, etc. ? Les qualités que l’on peut trouver dans chaque forme urbaine mettent également en évidence des aspirations résidentielles et des modes de vie différenciés (voir la brochure de la Chambre Genevoise immobilière de 2008 Densité et qualité: les deux défis d’un urbanisme durable par M. Weil et R Quincerot; voir résumé ici).

Même s’il n’existe pas de “petit manuel des qualités requises à un quartier”, on peut distinguer des critères clés qui permettent de décrire des appréciations transversales, de structurer l’analyse, d’initier le débat. La multiplicité d’usages de l’espace public, l’adaptation à l’environnement, la transition entre les différents espaces, l’implantation de services de proximité, la mobilité et liberté de mouvement, l’aspect visuel sont autant de critères qui permettent de préciser les qualités – ou les défauts – d’un espace urbain, d’un quartier (6 critères clés issus des études de Région Morges et du Nord Lausannois).

Une analyse des quartiers selon ces prismes permet également de mettre en valeur à quel point les qualités que l’on peut trouver à un quartier sont parfois – et même souvent – très dépendantes d’une échelle supérieure de planification ainsi que de leur évolution dans le temps (volets qualitatifs des projets de communication Région Morges / Nord Lausannois Densités-qualités: comment communiquer sur la densité urbaine? présentés par urbaplan à Lyon aux 5èmes Rencontres du Cadre de Ville en octobre 2014).

La mise en œuvre d’une densité de qualité

Si un chiffre et une vision morphologique ne sont pas suffisants pour développer un projet de densification, tout comme un changement d’affectation et un assouplissement des règles ne permettront pas nécessairement d’atteindre les qualités attendues, un ensemble de conditions tant urbanistiques que socio-économiques doivent être prises en compte (voir Weil M., Un pavé de bonnes intentions, Le Courrier édition du 7.12.2010, Genève et Weil M., Densification de la zone de villas, Conférence à la Fondation Braillard Architectes, Juin 2013, Genève).

Afin de déplacer le débat vers les qualités des quartiers et des opérations urbaines, il est nécessaire de comprendre ce que soulève la densité dans un contexte, une région et de ne pas appliquer par défaut des modèles de densification sans tenir compte d’un caractère social et économique spécifique. C’est pourquoi la communication et le travail direct avec les habitants et utilisateurs des quartiers, des villes, des régions, est essentielle pour faire émerger une conception collective des projets de densification.

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